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Mes plus beaux ratés : plaidoyer pour l'erreur d'illustrateur

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Mes plus beaux ratés : plaidoyer pour l'erreur d'illustrateur

Photo: sketchbook messy failed drawings artist desk, via i.pinimg.com

Si vous êtes venu ici pour lire un artiste au sommet de son art raconter avec sérénité son parcours impeccable, vous êtes au mauvais endroit. Aujourd'hui, je fais l'inventaire de mes plus beaux naufrages. Parce qu'après quinze ans de crayon, je suis convaincu d'une chose : c'est la commande ratée de 2014 qui dessine mieux que moi.

Le style fantôme

Commençons par le plus douloureux : le style que j'ai abandonné. Pendant deux ans, je dessinais des personnages aux proportions toutes tordues, des nez énormes, des mains patibulaires. J'étais convaincu d'avoir trouvé ma voix. Sauf que les retours étaient unanimes : « c'est mignon mais c'est bizarre ». Sous la pression, j'ai petit à petit lissé le tout, corrigé, normalisé.

Résultat ? J'ai perdu deux ans à retrouver, par la suite, l'audace que j'avais naturellement au début. La leçon est arrivée tard mais elle est bien ancrée : un style qui dérange un peu est un style qui existe. Les six mois passés dans cette impasse m'ont au moins appris ce que je ne voulais pas dessiner — et ça, aucun tutoriel ne peut vous l'apprendre.

La commande maudite (et pourtant fondatrice)

  1. Un client — restons discrets — me commande une série d'illustrations pour une affiche de festival. Je comprends « festif et coloré ». Il pensait « élégant et minimaliste ». J'ai rendu trois planches qui ressemblaient à un carnaval de Rio après une soirée trop arrosée. Il a été d'une politesse britannique, ce qui, dans le sud de la France, est le signe le plus alarmant qui soit.

J'ai refait le travail, j'ai été payé, mais j'ai passé une semaine à me demander si j'avais choisi le bon métier. Et pourtant. Cette commande ratée m'a appris plus que n'importe quelle réussite :

Aujourd'hui, chaque commande commence par ce fameux document de cadrage. Il m'a sauvé plus de nuits blanches que je ne peux en compter.

Les carnets de la honte

Je garde précieusement mes vieux carnets, et je vous assure que c'est un musée de l'horreur. Des perspectives fausses, des visages asymétriques, des mains dessinées avec la confiance d'un chirurgien et la précision d'un pigeon. Pendant des années, j'avais honte de ces pages. Je les cachais, je les arrachais même parfois.

Grosse erreur. Ces carnets sont la preuve physique du chemin parcouru. Et il se trouve que relire ses ratés est un outil de travail redoutable : quand je suis bloqué sur une commande, je rouvre les vieux carnets. Pas pour copier les dessins — pour retrouver les idées abandonnées trop vite. Un fond de page griffonné en 2012 m'a servi de base à une affiche l'année dernière. Les mauvaises idées ne sont pas mortes, elles dorment.

Ce que l'échec fait au trait

Voici le point le plus intéressant, à mon sens. Un dessin raté vous apprend des choses qu'un dessin réussi vous cache. Quand ça marche du premier coup, vous ne savez pas pourquoi ça marche. Quand ça rate, vous êtes obligé de comprendre : la composition s'effondre ici, la valeur de gris est fausse là, le regard du personnage sort du cadre.

L'échec est le seul professeur qui vous oblige à regarder. Et il est gratuit, ce qui, dans le milieu de l'illustration, est rare.

Le conseil (vous vous en doutiez)

Alors oui, ce texte est un plaidoyer, mais pas pour l'échec gratuit. Rater par paresse ou par manque de préparation, ce n'est pas formateur, c'est juste bête. Ce que je défends, c'est le droit à l'erreur assumée : la commande qui part de travers mais qu'on analyse, le style qu'on essaie et qu'on abandonne en connaissance de cause, le carnet qu'on relit au lieu de le brûler.

Si vous débutez et que tout rate en ce moment — le brief, le trait, la confiance — félicitations : vous êtes en train de suivre le seul cursus qui mène quelque part. Dans dix ans, vous raconterez ces histoires en riant, dans un article comme celui-ci. En attendant, refaites le brief par écrit.

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