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Trois jours debout, cinquante livres signés : ce que le salon du livre ne montre pas

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Trois jours debout, cinquante livres signés : ce que le salon du livre ne montre pas

Photo: Hobbsansak, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Il y a une image qu'on connaît tous : l'illustrateur assis derrière sa pile de livres, souriant, stylo à la main, sous les néons d'un parc des expositions. Ce que cette image ne montre pas, c'est ce qui s'est passé avant, ce qui se passe pendant — et surtout, ce que tout ça coûte.

Les semaines d'avant : le salon commence tôt

Contre toute attente, un salon littéraire ne commence pas le vendredi matin à l'heure d'ouverture. Il commence trois semaines plus tôt, dans la boîte mail, quand les éditeurs fixent leurs « rendez-vous d'avant-première ». Traduction : des créneaux de vingt minutes où l'on présente la prochaine rentrée aux libraires, aux blogueurs littéraires et aux organisateurs de festivals, en espérant décrocher une table bien placée.

De mon côté, la préparation est plus modeste mais bien réelle : tirer des affiches, commander des cartes de visite qui finiront au fond d'un sac, préparer un original encadré pour habiller le stand, et surtout — détail qui coûte cher — vérifier que ma voiture de série K peut avaler caisses d'exemplaires, chevalet et rouleau de papier bulle sans broncher.

Quarante dédicaces, un poignet

Le samedi, c'est la rafale. Entre 14h et 18h, j'ai signé quarante-deux exemplaires — j'ai compté, parce qu'à la fin on compte tout. Quarante-deux personnes qui ont accepté de faire la queue, un enfant qui m'a demandé si je « dessinais aussi les dinosaures » (je m'y suis mis, en marge d'un garde-page), une dame qui voulait « un mot gentil pour sa petite-fille qui s'appelle comme moi, mais avec un Y ».

La dédication, c'est un exercice à part entière. Il faut écrire vite, lisible, sans se tromper dans le prénom — l'erreur impardonnable — tout en engageant la conversation. C'est du théâtre permanent, trois minutes par personne, pendant des heures. Le dimanche soir, mon poignet me le rappelle, et mon écharpe de voix aussi.

Le coût réel d'une table pliante

Parlons chiffres, puisqu'on n'en parle jamais assez. Un stand de petit éditeur indépendant dans un salon de taille moyenne, ça se négocie entre 300 et 900 euros selon la surface et la notoriété de l'événement. S'ajoutent le transport, l'hébergement si le salon est loin, deux jours de travail non facturés, et les exemplaires dédicacés « en offre » qui sortent de la marge de l'éditeur, pas de la mienne.

Alors, rentable ? Sur les ventes directes, franchement non — du moins pas la première année. Mais la rentabilité d'un salon ne se lit pas sur la caisse du dimanche soir. Elle se joue ailleurs.

Les verres qui valent des contrats

Parce que voici le secret le moins bien gardé de la filière : les vraies affaires se traitent autour d'un verre, après la fermeture. Le samedi soir, quand les néons s'éteignent, tout le monde se retrouve dans un bar à côté — éditeurs, auteurs, directeurs artistiques de presse. On y parle de tout, sauf de travail, jusqu'au moment où quelqu'un glisse : « Tiens, justement, on cherche quelqu'un pour la couverture de janvier. Vous avez un carnet sur vous ? »

Sur mes trois dernières commandes de presse, deux sont nées de ce genre de conversations. Aucune n'a commencé par un mail officiel.

Ce qu'on ramène vraiment

Alors, le bilan de ces trois jours ? Cinquante livres signés au total, deux contacts pour des interventions en milieu scolaire, un directeur artistique qui m'a promis de « me recontacter » (on verra), et une anecdote sur un dédicaceur voisin qui a signé « Cordialement » sur un exemplaire destiné à sa mère.

Est-ce que je reviendrai l'an prochain ? Probablement. Pas pour les ventes — pour les gens. Dans un métier aussi solitaire que l'illustration, trois jours où l'on parle de livres avec des lecteurs qui les touchent, ça se refuse rarement. Même avec le poignet.

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